| A REZA, MON PETIT AMI
J’avais un petit ami
Et ça m’est égal
Que les dieux ou les hommes me fassent du mal ou m’abattent.
Ses mots, tels une étoile, suffisent à me guider,
Je l’estime et le loue en silence.
J’avais un petit ami
Et ne désirais ni or ni cadeau royal pour lui faire plaisir,
Mais être assise près de lui
Et qu’il me tînt la main était pour moi un trésor qui surpassait toute richesse.
J’avais un petit ami
Et ne souhaite que l’art – pure et blanche flamme – pour m’inspirer
Quand je trace en lettres griffues,
Jaillies d’un cœur palpitant
L’hymne à la beauté inscrite sur son visage.
Mon petit ami,
C’était la réponse à mes besoins,
Il était le champ que j’ensemençais dans l’amour,
Et moissonnais dans l’action de grâces.
Il était la table,
Il était le coin du feu
Pour que j’y vinsse avec ma faim recherchant en lui la paix.
Quand on aide physiquement un malade
Et que tous nos soins lui sont acquis,
Particulièrement motivés par nos efforts pour l’aimer,
Un effet spirituel se manifeste en même temps.
Il y avait de la joie dans ma vie,
Mais elle ne se traduisait pas obligatoirement
Par une explosion de rire ou une fête permanente,
C’était une joie non dénuée d’une certaine gravité.
Il y en a de toutes sortes, des joies:
Certaines sont éphémères,
D’autres insouciantes.
La mienne était profonde et paisible
Comme celle que l’on éprouve
Quand on a décidé de se marier pour la vie.
A. Daniela Zini
Rome, le 6 février 2003 |
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| APRES TROIS ANS
Après trois ans je reviens aux pieds de notre fontaine.
Rien ne bouge, les arbres, les passants, les nues.
J’aime Paris au couchant.
Ici l’amour renaît
De ses refuges détruits,
De ses phares écroulés.
Je suis, sous le corsage de l’Ange soldat,
Le dos divin après la courbe des épaules.
Il est né avant tout.
Il verra la fin de tout.
Son nom, seul, brûle l’Enfer.
Son nom, seul, se nomme promesse.
J’ai péché.
Je suis condamnée d’avance.
Ma bouche a connu les sons d’un nom nouveau
Et, par le pouvoir de ce nom,
Je suis capable de respirer le corps d’un autre homme,
Je suis prête à mourir la mort d’une pécheresse.
C’est un amour qui tue, l’amour des femmes.
Un amour dans l’absence d’une sortie possible.
Il ruine notre vie. Tel un désert affamé,
Il ravage et enfin il nous largue,
Pieds nus dans le sable, habillées de vent et de poussière.
Et c’est nous qui devenons faméliques.
Cette rosée de malédiction porte ses fruits.
Comme deux fleurs, qui voudraient être ensemble
Et n’ont que leurs muettes couleurs
Et leurs parfums lointains pour se toucher,
Toi et moi, nous sommes murés dans le trébuchement des gestes,
Nous sommes murés dans l’hésitation du plaisir.
Je me souviens de ton silence déchirant,
De mon silence implorant.
Je me répète :
« Je m’égarerai dans d’autres bras,
Sur d’autres lèvres.
Je te diluerai sur les pages blanches de mes romans. »
L’air est doux, un autre hiver s’est écoulé
Avec ses neiges,
Ses rafales,
Son isolement.
Que vienne le printemps !
Que viennent encore l’été et l’automne !
A. Daniela Zini
Rome, le 17 avril 2006 |
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| MES REVES
Qu’est devenu mon cœur désemparé?
Un vaisseau déserté
sur des mers inconnues.
Que reste-t-il de lui dans la tempête ?
Un trésor sombré
dans les abîmes du rêve.
Moi, qui ne veux pas
Voir mes rêves épiés,
Je garde en moi-même des secrets
Splendides ou terribles,
Tels des eaux sans fond
Que les filets n’atteignent pas.
Je ferme les yeux.
Un pressentiment de mort
n’éveille aucun regret dans mon cœur.
Une autre vie s’érige déjà derrière moi,
Telle une muraille qui empêche de regarder au delà.
Que tout cela est loin !
Serai-je meilleure ou pire au moment où
Je me connaîtrai jusqu’au fond ?
Moi, je serai libre,
dans mon secret,
D’écrire comme je pense
Et comme je vis.
A. Daniela Zini
Rome, le 21 avril 2006 |
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| LA FONTAINE DES AMANTS
Ici, les Dieux et les Nymphes n’ont pas cessé de vivre,
Transformés dans ce bois solitaire
En arbres et en fleurs.
Ici, tout me parle d’eux.
Ici, tout m’entretient d’elles.
Qu’il est doux, le repos de leurs ombres divines !
Nul pied ne foule leurs feuilles non fanées.
Leurs noms soupire l’amoureuse fontaine.
Tout n’est que flamme.
Tout n’est qu’amour.
Dans la limpide transparence de ce miroir,
Je me cache du monde et demeure craintive
De peur qu’il connaisse ma peine.
Telle cette eau, je coule !
Telle cette eau, je roule !
A. Daniela Zini
Rome, le 27 avril 2006 |
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| SETTEMBRE
Era settembre.
Tu mi donasti un fiore bianco.
E mi donasti quell fiore,
Sorridendo.
L’incantesimo si ruppe.
Settembre si disintegrò.
A. Daniela Zini
Roma, 27 aprile 2006 |
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| MOI
J’ai du naître plus loin, dans un passé plus vieux,
Sur les eaux écumeuses et blanches,
Quand l’Univers était un volcan en fusion,
A l’aube incertaine d’un jour
Tout ruisselant de flamme, cendre et lapilli.
Telle une rivière printanière en crue,
Ma vie a répandu des fleurs et des parfums.
De moi je laisse, dans les remous des vers,
La chaleur des larmes qui les a vu fleurir,
La marque d’une lame insinuante et dure.
Mes vers,
Soyez des fleuves !
Allez-en vous élargissant !
Qu’on sache combien j’ai aimé !
Je ne souhaite pas d’éternité plus douce.
A. Daniela Zini
Rome, le 5 février 2007 |
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| DOPO DI TE
Per sempre, ormai, credevo
Il mio cuore in pace.
Sognavo nel miraggio di un amore
Casto, solitario e vero.
Tutto era vuoto, offuscato, muto,
Crollato, distrutto, abbandonato.
Tutto era degli altri e di nessuno,
Finché il Tuo sole irruppe
Nel cielo grigio di gennaio,
Inondò la mia anima
E riempì l’inverno di regali.
E fui di nuovo io.
A. Daniela Zini
Roma, 7 febbraio 2007 |
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| NUIT DE VEILLE
O Nuit aux flancs arrondis,
Nuit propice au plaisir, à l’oubli,
C’est à moi seule à qui ce bien est dû,
Pour tant de larmes et tant de temps perdu.
O Rossignol que mon cœur attendait,
Rossignol de la nuit, aux ailerons mouillés,
Viens à moi sans peur et sans prudence,
Pour toute joie et toute connaissance.
Je ne possède rien mais je T’aime.
Je vis distante de moi-même,
Par moi-même désertée,
Morte d’avoir été.
Ce moi-même perdu, là quelque part,
Dans un coin, un endroit de hasard,
Ce moi-même si rompu, si amer,
Sauve-le de l’orgueil, du regret.
A. Daniela Zini
Rome, le 24 décembre 2007 |
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| Cosa lieve e alata s sacra è il poeta e incapace di poetare se prima non sia ispirato dal dio e no esca fuori di senno e non vi sia più ragione in lui.
PLATONE |
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| JE NE CROIS PAS EN LA MORT DE LA POESIE, PAS PLUS QUE JE NE CROIS EN LA MORT DU SOUFFLE.
A QUOI BON TACHER DE S'EMPLIR LES POUMONS D'AIR PUR ET D'ESSAYER DE FAIRE EN SORTE QUE L'AIR AUTOUR DE NOUS RESTE OU REDEVIENNE PUR?
LA POESIE AUSSI EST UNE TRADUCTION; NOUS TRADUISONS EN UN LANGAGE QUE LE LECTEUR PEUT COMPRENDRE NOS EMOTIONS INTIMES. IL S'AGIT, DONC, D'ETRE FIDELES: JE VEUX DIRE D'EMPLOYER LES MOTS ET LES SONS QUI RENDENT LE MIEUX NOS IMPRESSIONS, SI INDICIBLES QU'ELLES SOIENT. SE MEFIER DES MOTS PASSE-PARTOUT ET DEFORMES PAR L'USAGE. ON PEUT LES EMPLOYER, MAIS ALORS IL FAUT LES NETTOYER ET LES REVALORISER EN LES ASSOCIANT A D'AUTRES MOTS TRES FORTS ET TRES PURS.
PRENDRE TOUJOURS L'EXPRESSION LA PLUS SIMPLE, MAIS SE RAPPELER QUE L'EXPRESSION LA PLUS SIMPLE N'EST JAMAIS LA PLUS BANALE, AU CONTRAIRE: C'EST ELLE QUI SORT DIRECTEMENT DES CHOSES SANS ETRE INFLUENCEE PAR AUCUNE CONVENTION. N'AVOIR AUCUNE COMPLAISANCE POUR SES PROPRES EMOTIONS, LE LECTEUR N'EN AURA AUCUNE. SE JUGER EN SE RELISANT COMME SI ON LISAIT CELA POUR LA PREMIERE FOIS.
ETES-VOUS CONVAINCUS?
ETES-VOUS EMUS?
AVOIR LE COURAGE D'ALLER TOUJOURS JUSQU'AU BOUT DE SA PENSEE. LA POESIE EST FAITE POUR ETRE ENTENDUE. DONNER UNE GRANDE IMPORTANCE AU RYTHME. TOUTE CREATURE VIVANTE A UN RYTHME.
LA POESIE EST UN ART. TOUT ART COMPORTE UNE MATIERE SUR LAQUELLE IL S'EXERCE ET UNE FORME QUI EST L'INTENTIO DE L'ARTISTE. IL COMPORTE DE PLUS POUR S'EXERCER UNE OCCASION, UNE MOTION QUI EST UNE EMOTION. SUPPOSONS UN COUCHER DE SOLEIL DANS UNE FORET AUTOMNALE, L'EMOTION RESSENTIE, LE POETE, LE PEINTRE, LE MUSICIEN, CHACUN D'EUX LA TRADUIRA PAR LES MOYENS QUI LUI SONT APPROPRIES. CELUI DU POETE EST LE LANGAGE. LE LANGAGE EST UN ASSEMBLAGE DE MOTS REUNIS PAR LA SYNTAXE EN VUE D'UN SENS. NI LES MOTS NI LA SYNTAXE D'AILLEURS NE SONT UNE MATIERE BRUTE; TOUS LES DEUX ONT RECU DEJA UN CERTAIN TOUR DE L'IDIOME OU ILS SONT EMPLOYES. CET EMPLOI A DES FORMES DIFFERENTES.
LE VRAI LYRIQUE S'ELEVE AU-DESSUS DES AUTRES HOMMES PAR SA FACULTE D'EXPRESSION; PAR SON IMPRESSIONABILITE MIRACULEUSE, IL INCARNE L'ESPECE ET SES ASPIRATIONS. C'EST UN PONTIFE MOMENTANE ET QUI INVENTE SON RITE CHAQUE FOIS QU'IL MONTE A L'AUTEL.
J'AI DIT CE QUE J'AI VU ET CE QUE J'AI SENTI, D'UN COEUR POUR QUI LE VRAI NE FUT POINT TROP HARDI, ET J'AI EU CETTE ARDEUR POUR ETRE, APRES MA MORT, PARFOIS ENCORE AIMEE. ON DIT QUE JE SUIS PAIENNE, CE N'EST PAS ASSEZ: JE SUIS COMME CES DRYADES, MI CHAIR, MI ARBRES, QUI S'ETIRNE DANS LA FORET MYTHOLOGIQUE, TOUT ENGLUEES ENCORE DI CHAOS ORIGINEL.
MON INSTINCT M'ENTRAINE VERS LA VIE ARDENTE ET LIBRE, SANS FREINS D'ACIER NI RENES D'OR, LA VIE DE L'ANIMAL SAUVAGE OU DE L'ARBRE ROBUSTE QUI S'ELANCE VERS LA JOIE DU JOUR. |
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| SAPPHO
VIIe siècle av. J. Ch. |
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| Frammento di Saffo su papiro |
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| JOUISSANT D'UNE CELEBRITE SANS EQUIVALENT ET PASSABLEMENT SULFUREUSE, SAPPHO INCARNE MAGNIFIQUEMENT LA SENSUALITE FEMININE, LE DESIR, LE LYRISME EROTIQUE. DES L'ANTIQUITE, EN EFFET, LA LEGENDE S'EST EMPAREE DE CETTE FIGURE FASCINANTE, ET C'EST ELLE, PLUS QUE LA REALITE, QUI INSPIRA DE NOMBREUX ECRIVAINS - DEPUIS OVIDE JUSQU'A MARGUERITE YOURCENAR EN PASSANT PAR BAUDELAIRE.
DEVANT UNE TELLE REAPPROPRIATION DE L'ETRE PAR LA RENOMMEE, LA DEMYTHIFICATION EST D'AUTANT PLUS DELICATE AU SUJET DE SAPPHO QUE NOUS DISPOSONS DE TRES PEU DE CERTITUDES.
SA CONCEPTION DE L'AMOUR EST SANS EQUIVOQUE: ELLE LA PLACE AU SOMMET, COMME LA PLUS BELLE CHOSE EN CE MONDE. DANS LA SOCIETE MARTIALE DE SON TEMPS, ELLE N'HESITE PAS A LE PROCLAMER SUPERIEUR A LA GUERRE. CET AMOUR, S'IL EST PRINCIPALEMENT HOMOSEXUEL, N'EXCLUT CEPENDANT PAS LES HOMMES. ESSENTIELLEMENT PHYSIQUE, IL SE MANIFESTE PAR LE DESIR ET SON CORTEGE DE TROUBLES FONCTIONNELS. LA DISTINCTION DE L'AME ET DU CORPS N'AYANT PAS ENCORE SEVI, IL N'Y A RIEN D'ETONNANT A CE QU'UNE FEMME FASSE AINSI CONFIANCE AUX SENSATIONS ET AUX IMPULSIONS DE SON ETRE TOUT ENTIER. ENFIN, DANS LE SENTIMENT, CE N'EST PAS LA DUREE, MAIS L'INTENSITE QUI L'INTERESSE. L'AMOUR, POUR ETRE, DOIT ETRE PASSIONNEL.
ON A BEAUCOUP GLOSE SUR LES RELATIONS ENTRETENUES PA SAPPHO AVEC SES ELEVES. IL PARAIT MAINTENANT EVIDENT QU'ELLES ETAIENT DE NATURE HOMOSEXUELLE, ET QUE CELA NE CHOQUAIT PERSONNE. SINON, COMMENT COMPRENDRE QU'ON LA CELEBRAIT DE SON VIVANT, QU'ON LUI COMMANDAIT DES CHANTS DE MARIAGE ET QU'ON LUI CONFIAIT L'EDUCATION DES MEILLEURES JEUNES FILLES DE LESBOS, ALORS QU'ELLE CHANTAIT EXPLICITEMENT SES SENTIMENTS LES PLUS INTIMES? ET COMMENT EXLIQUER CETTE ABSENCE DE PUDEUR SINON PAR L'ABSENCE DE LA HONTE LIEEE A LA NOTION DE PECHE? MAIS LES PREJUGES MORAUX SONT PROFONDS, ET IL EST AMUSANT DE VOIR LE ZELE AVEC LEQUEL CERTAINS HELLENISTES SE SONT ATTACHES A SAUVER SAPPHO, ALLANT JUSQU'A EDULCORER LE TEXTE.
OR, L'IMMORALITE EST RELATIVE A UNE MORALE ET, DANS LE CODE ETHIQUE DE L'ANTIQUITE, LES RAPPORTS SEXUELS ENTRE MAITRES ET DISCIPLES S'INTEGRAIENT HARMINIEUSEMENT DANS LA RELATION PEDAGOGIQUE, CONSIDEREE COMME UN TOUT. L'HOMOSEXUALITE FEMININE ETAIT CONCUE COMME UNE INITIATION A LA VIE DE LA FEMME, PAR UNE EXPERIENCE AMOUREUSE, SOIT AVEC LA MAITRESSE, SOIT AVEC UNE COMPAGNE DU MEME AGE.
LESBOS ETAIT A L'EPOQUE UN HAVRE DE VIE FEMININE. ESSENTIELLEMENT PROTEGEE PAR DES DEESSES, L'ILE ACCORDAIT UNE PLACE PREPONDERANTE A SES FEMMES, QUI DEVAIENT S'ACQUITTER DES CULTES. PROFITANT PLEINEMENT DE LA LIBERTE DE MOEURS ET D'EXPRESSION QUI LEUR ETAIT ACCORDEE, LES LESBIENNES, AU SENS GEOGRAPHIQUE QU'AVAIT ALORS LE TERME, ETAIENT REPUTEES POUR LEURS DONS ARTISTIQUES, LEUR EMANCIPATION, LEUR BEAUTE ET LEUR SENSUALITE.
MAIS CETTE TERRE D'ART SOUFFRAIT, COMME SES VOISINES, DES TROUBLES POLITIQUES QUI MARQUERENT LE PASSAGE PROGRESSIF DE L'OLIGARCHIE A LA DEMOCRATIE. C'EST L'EPOQUE DES TYRANS, A TRAVERS LESQUELS S'AFFRONTENT DES FACTIONS ARISTOCRATIQUES RIVALES. ILS SE SUCCEDENT A UN RYTHME RAPIDE, RENVERSES TOUR A TOUR AU COURS DE PERPETUELS TROUBLES CIVILS. SAPPHO, SANS PRENDRE VERITABLEMENT PART A LA VIE POLITIQUE, AVAIT DES SYMPATHIES ET FINIT FORCEMENT PAR SE TROUVER DU MAUVAIS COTE. ELLE LE PAYA D'UN EXIL D'UNE DIZAINE D'ANNEES. IL SEMBLE QUE CE SOIT LE TYRAN MYRSILOS QUI AIT JUGE LA POETESSE INDESIRABLE, AU MEME TITRE QUE BON NOMBRE D'OPPOSANTS, ET PITTACOS, ELU EN 590 A LA TETE DU PAYS POUR DIX ANS, QUI, DANS LE CADRE DE SA POLITIQUE DE PAIX, LUI AIT PERMIS DE REVENIR. QUOIQUE COURANTE, CETTE MESURE PUNITIVE REPRESENTAIT UNE RUDE EPREUVE, CAR L'ETRANGER, LOIN DE SA FAMILLE ET PRIVE DE DROITS, RESTAIT SOUVENT UN EXCLU. SAPPHO AVAIT LA CHANCE DE POSSEDER UN TALENT QUI LUI PERMIT DE VIVRE DECEMMENT ET D'ETRE RESPECTEE. LA SICILE, QU'ELLE AVAIT CHOISIE COMME TERRE D'ACCUEIL, SEMBLE D'AILLEURS AVOIR ETE HONOREE DE SON SEJOUR, PUISQU'ELLE LUI ELEVA UN BUSTE.
A SON RETOUR A LESBOS, ELLE POURSUIVIT SON OEUVRE CREATRICE ET PEDAGOGIQUE PENDANT DE LONGUES ANNEES ENCORE, A EN JUGER PAR SES CONSIDERATIONS SUR LA VIEILLESSE. L'HISTOIRE DE SON SUICIDE EST PROBABLEMENT TOUT A FAIT FICTIVE, ISSUE SOIT D'UNE CONFUSION DE PERSONNES, SOIT D'UNE VOLONTE DE NORMALISER SAPPHO EN LA FAISANT L'HEROINE D'UNE PASSION HETEROSEXUELLE.
SA VIE EST DEJA ATTACHANTE; SON OEUVRE L'EST BIEN PLUS ENCORE. CE QUI ATTIRE DANS SES POEMES EST ETROITEMENT LIE A LA PERSONNALITE DE LA FEMME: ELLE S'Y LIVRE TOTALEMENT, SANS RESERVE NI TABOU, AEC UNE FRANCHISE UNIQUE. C'EST CETTE VERITABLE MISE A NU PAR L'ECRITURE QUI FAIT SON ORIGINALITE. EN SOMME, CE QUI PARAIT GUIDER SAPPHO DANS TOUTES SES ACTIONS ET DANS TOUS SES SENTIMENTS, C'EST UN AMOUR IMMODERE DE LA VIE ET UNE EXIGENCE D'INTENSITE. PUISQUE LA MORT, QUE LES DIEUX SE SONT EPARGNEE, EST FORCEMENT UN MAL, ALLONS JUSQU'AU BOUT DE CE QUE LA VIE PEUT NOUS OFFRIR DE BEAU, SANS CALCUL ET SANS PEUR. CAR PLUS QUE L'AMOUR PEUT-ETRE, L'IDEAL DE SAPPHO DEVAIT ETRE LA BEAUTE, QU'ELLE POURSUIVIT TOUT DU LONG DE SON CHEMIN, PAR SA VIE ET PAR SON OEUVRE.
N'ANNONCE-T-ELLE PAS AINSI CE QUI SERA AU CENTRE DE LA CULTURE GRECQUE PENDANT DES SIECLES? |
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| Sappho
Johann Heinrich von DANNECKER
(1758-1841) |
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| Simile agli dei mi pare
Chi a te di fronte siede e ascolta
Quando tu parli soavemente
E ridi con amore.
Ma quest'immagine tua nel petto
Il cuore mi spaura. Solo un attimo
Ti guardo, e voce non più
M'esce dal labbro:
La lingua mi s'intorpida. Sottile
Un fuoco le membra mi corre,
Gli occhi non vedono, e m'assorda
Un rombo gli orecchi.
Di sudore un velo mi copre, tutta
Mi vince un tremore: più verde sono
Dell'erba, e nel mio patire vicina
Morte m'appare. |
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| Sei venuta... Io ti aspettvo.
Tu sei rugiada
Al mio cuore arso di desiderio. |
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| Mi prese amore di te, Attide,
Un giorno, è tanto tempo ormai...
Una fanciulla piccolina
E priva di grazia tu mi sembravi. |
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| ERINNA
IVe siècle av. J. Ch. |
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| I bianchi cavalli smaniosi
Ssi levavano dritti sulle zampe
Con grande strepito; il suono della cetra
Batteva in eco sotto il portico vasto della corte.
O Bàuci infelice, io gemendo piango al ricordo.
Queste cose della fanciullezza hanno ancora calore
Nel mio cuore, e quelle che non furono di gioia
Sono cenere, ormai. Le bambole stanno riverse
Sui letti nuziali; e presso il mattino
Lla madre cantando più non reca
Il filo sulla rocca e i dolci cosparsi di sale.
A te fece paura da bambina la Mormò
Che ha grandi orecchie e su quattro
Piedi s'aggira movendo intorno lo sguardo.
E quando, o Bàuci amata, salisti sul letto dell'uomo
Senza memoria di quello che giovinetta ancora
Avevi udito da tua madre, Afrodite
Non fu pietosa della tua dimenticanza.
Per questo io ora piangendoti non ti abbandono;
Né i miei piedi lasciano la casa che m'accoglie,
Né voglio più vedere la dolce luce del giorno,
Né lamentare con le chiome sciolte; ho pudore
Del cupo dolore che mi sfigura il volto. |
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| ANITE
IIIe siècle av. J. Ch. |
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| FILITA
IIIe siècle av. J. Ch. |
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| Piangimi, d'un pianto breve, nato
Dal segreto del cuore: dimmi
Una tua parola tenera: di me ricorda,
Quando con me più non sarà la vita. |
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| NOSSIDE
IIIe siècle av. J. Ch. |
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| Di Taumareta il volto questo dipinto contiene, l’alterigia
Ha ritratto e l’amabilità dello sguardo soave.
Vedendola, anche la cagnolina domestica scodinzolerebbe
Di guardar supponendo la padrona.
Artemide, che Delo proteggi e Ortigia amabile,
Le frecce sante deponi in grembo alle grazie
E, bagnato il puro corpo nell’Inopo, nelle dimore giù discendi
Per liberare Alcèti dalle doglie tremende.
Qui Melinna è ritratta: guardarle il volto soave
Mi pare dolcemente turbarmi.
Come chiaramente alla madre somiglia la figlia:
Com’è bello per un genitore aver procreato figli a lui simili.!
Era veneranda, che dal Lacinio balzando
Spesso lo guardi dal cielo giù, odoroso
Accetta questo mantello di bisso che, con la casta figlia
Nosside, tessé Teofile, nata da Cloche.
Se, pur sonoramente ridendo, davanti mi passi,
Dì per me una buona parola: sono Rintone siracusano,
Delle Muse piccolo usignolo, ma dei filiaciei canti
Meritata edera colsi.
Gli scudi , che gli uomini Bruzzi gettarono
Via dalle spalle codarde,
Battuti in battaglia dagli agili Locresi,
Di costoro a testimoniare oggi la virtù,
Ora stanno nei templi degli dei, né rimpiangono
Le braccia dei vili che li hanno abbandonati. |
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| Nukata NO OHOKIMI
VIIe siècle ap. J. Ch. |
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| Kasa NO IRATSUME
VIIe siècle ap. J. Ch. |
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| AL-KHANSA
VIIe siècle ap. J.Ch. |
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| Abandon
Elles disent : "Si jeune, et tant de cheveux blancs !"
Et moi : "Blancs ils seraient, pour peine moins affreuse !"
Tout est malheur en cette vie, Abu Hassan.
Puisque je vis sans toi, et partant malheureuse.
Il était la jeunesse et l'âge sûr de lui,
Calme mais chaleureux, main offrante et offerte,
Il était le mérite absolu, non pas certes
De tel sot qui devant ses chefs se rembrunit.
Quand on parle d'un homme et qu'un juste propos
Dit avec art sa bienveillance et son honneur,
C'est à toi que je pense, et je pleure, un sanglot
Etouffe tout mon être et fait fondre mon coeur.
Ce coeur, tu l'as brisé, j'en jure, il n'en peut plus !
Le deuil emplit mon âme et ma tête fléchit.
Le dur bois de ma lance aujourd'hui s'est rompu,
Cassé comme le coeur si solide du buis. |
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| Les chaînes de l'amour
De nouveau piégée dans les rets de son amour
J'eus beau faire, rien n'y faisait
Récalcitrante, j'ignorais que plus je me débattrais
Plus étroitement le piège m'enlaceraitUne mer sans rivage, c'est cela l'amour
O malheureuse, comment y surnager !
Si tu veux connaitre le fin mot de l'amour
Alors accepte même ce qui déplaît
La cigüe toute bue que l'on s'imagine délice
La cruauté constatée que l'on veut croire bienfait. |
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| MAHSATI GANJAVI
XIe siècle |
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| Beatrice contessa DI DIA
XII siècle |
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| Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j'ai fort à me plaindre de celui dont je suis l'amie
Je l'aime plus que tout au monde
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l'être
Si je n'avais pas le moindre charme.
Une chose me console: jamais, je n'eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n'aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d'autres.
Je suis surprise de l'arrogance de votre coeur,
Ami, et j'ai bien sujet d'en être triste
Il n'est point juste qu'un autre amour vous éloigne de moi
Quel que soit l'accueil qu'il vous réserve,
Qu'il vous souvienne du début
De notre amour. A Dieu ne plaise
Que par ma faute il s'achève.
La grande vaillance qui loge en votre coeur
Et votre grand mérite me sont sujets de tourments,
Car je ne connais point dame , proche ou lointaine,
Et en désir d'amour qui vers vous ne soit attirée
Mais vous, ami de si bon jugement,
Vous devez bien reconnaître la plus sincère
Ne vous souvient-il pas de nos jeux-partis?
Ma valeur et mon lignage, ma beauté
Et plus encore la sincerité de mon coeur, doivent me secourir
C'est pourquoi je vous envoie, là-bas,
Cette chanson qui me servira de messager
Je veux savoir, mon bel et doux ami,
Pourquoi vous m'êtes si dur et si farouche,
Est-ce orgueil ou indifférence?
Mais je veux, messager, que tu lui dises
Que trop d'orgueil peut nuire à maintes gens. |
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| COMPIUTA DONZELLA
XIIIe siècle |
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| A la stagion che 'l mondo foglia e fiora
A la stagion che ‘l mondo foglia e fiora
Acresce gioia a tutti fin’amanti,
E vanno insieme a li giardini alora
Che gli auscelletti fanno dolzi canti;
La franca gente tutta s’inamora,
E di servir ciascun tragges’inanti,
Ed ogni damigella in gioia dimora;
E me, n’abondan marrimenti e pianti.
Ca lo mio padre m’ha messa ‘n errore,
E tenemi sovente in forte doglia:
Donar mi vole a mia forza segnore,
Ed io di ciò non ho disìo né voglia,
E ‘n gran tormento vivo a tutte l’ore;
Però non mi ralegra fior né foglia.
Lasciar vorria lo mondo e Dio servire
Lasciar voria lo mondo e Deo servire
E dipartirmi d'ogne vanitate,
Però che vegio crescere e salire
Matezza e villania e falsitate,
Ed ancor senno e cortesia morire
E lo fin pregio e tutta la bontate:
Ond'io marito non voria né sire,
Né stare al mondo, per mia volontate.
Membrandomi c'ogn'om di mal s'adorna,
Di cischedun son forte disdegnosa,
E verso Dio la mia persona torna.
Lo padre mio mi fa stare pensosa,
Ca di servire a Cristo mi distorna:
Non saccio a cui mi vol dar per isposa.
Ornato di gran pregio e di valenza
Ornato di gran pregio e di valenza
E risplendente di loda adornata,
Forte mi pregio piú, poi v'è in plagenza
D'avermi in vostro core rimembrata
Ed invitate a mia poca possenza
Per acontarvi, s'eo sono insegnata,
Come voi dite, c'agio gran sapienza,
Ma certo non ne sono amantata.
Amantata non son como voria
Di gran vertute né di placimento;
Ma, qual ch'i' sia, agio buono volere
Di servire con buona cortesia
A ciascun ch'ama sanza fallimento:
Ché d'Amor sono e vogliolo ubidire. |
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| Catherine d' AMBOISE
(?-1550) |
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| Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde
Anges, Trônes et Dominations,
Principaultés, Archanges, Chérubins,
Inclinez-vous aux basses régions
Avec Vertus, Potestés, Seraphins,
Transvolitez des haults cieux cristalins
Pour decorer la triumphante entrée
Et la très digne naissance adorée,
Le saint concept par mysteres tres haults
De celle Vierge, ou toute grace abonde,
Decretee par dits imperiaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.
Faites sermons et predications,
Carmes devots, Cordeliers, Augustins ;
Du saint concept portez relations,
Caldeyens, Hebrieux et Latins ;
Roumains, chantez sur les monts palatins
Que Jouachim Saincte Anne a rencontree,
Et que par eulx nous est administree
Ceste Vierge sans amours conjugaulx
Que Dieu crea de plaisance feconde,
Sans poinct sentir vices originaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde.
Ses honnestes belles receptions
D'ame et de corps aux beaux lieux intestins
Ont transcendé toutes conceptions
Personnelles, par mysteres divins.
Car pour nourrir Jhésus de ses doulx seins
Dieu l'a toujours sans maculle monstree,
La desclarant par droit et loi oultree :
Toute belle pour le tout beau des beaux,
Toute clère, necte, pudique et monde,
Toute pure par dessus tous vesseaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde.
Muses, venez en jubilations
Et transmigrez vos ruisseaulx cristalins,
Viens, Aurora, par lucidations,
En precursant les beaux jours matutins ;
Viens, Orpheus, sonner harpe et clarins,
Viens, Amphion, de la belle contree,
Viens, Musique, plaisamment acoustrée,
Viens, Royne Hester, parée de joyaulx,
Venez, Judith, Rachel et Florimonde,
Accompagnez par honneurs spéciaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.
Tres doulx zephirs, par sibilations
Semez partout roses et roumarins,
Nimphes, lessez vos inundations,
Lieux stigieulx et carybdes marins ;
Sonnez des cors, violes, tabourins ;
Que ma maistresse, la Vierge honnoree
Soit de chacun en tous lieux decoree
Viens, Apolo, jouer des chalumeaux,
Sonne, Panna, si hault que tout redonde,
Collaudez tous en termes generaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.
Esprits devotz, fidelles et loyaulx,
En paradis beaux manoirs et chasteaux,
Au plaisir Dieu, la Vierge pour nous fonde
Ou la verrez en ses palais royaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde. |
|
| 51.
May you come, Love, to gaze upon my glory
and also yours, since the work of your arrows
has made us both bright and immortal
wherever anyone loves and longs for Love.
It makes me bright, because I did not refuse
to accept your mortal blows —
since I was taken by his eyes, those
that nature has never made since or before;
it makes you bright, because I try to praise you
as much as I can in verse and in speech
with wit and in that vein which you gave me.
Now you need to prevent that sun,
which woke me to be my guide and support,
from leaving my eyes lightless and alone.
83.
Ah me — the night brimming with joy,
the tranquil days, and the serene life — how did the bitter removal take them from me
and change my entire state into restlessness?
And since I still fear — which grieves me more —
that my memory may have left
the cruel count who wounded me,
what remains for me now, if not death?
And I wish to die, since my eyes cannot rest
on someone other than he who was mine,
since they only know to gaze upon him.
May women to come take this lesson:
do not to send your desires so far away,
for they cannot be withdrawn from the trap.
113.
Ah, if only I were sure that the state
in which I find myself would not soon be gone —
since I am glad one moment, mournful the next —
I would be the happiest that I have been.
I have Love and my lord beside me,
and find solace with one, then the other;
and, since one of them always troubles me,
I run back to the first, who appeases me.
If Love assails me with jealousy,
I turn to the face which seals in itself
virtue that chases away every torment.
If my lord wars against me with rage,
Love approaches with the other companion:
true humility, that brings each high offense to earth.
155.
The sky has already turned two years and more
since I was snared in love’s birdlime
for a beauty, I dare to say,
whose equal was never seen in mortal cloth.
So I reveal this beauty and do not hide it,
and I do not repent; rather I glory and rejoice;
and, if a woman ever delighted, I delight
in this amorous flame, and this ice.
And I only worry that the hour may come
when the beauty all things burn for and love
may free itself from me, and bind elsewhere.
And if Death ever responds to those who pray,
I beg her not to let me, before I die,
see the beloved crown of leaves go to another.
192.
Love, your state resembles exactly
a wheel that always, continually turns,
and whoever is upon you now sings, and now sighs,
and without ever stopping now descends, now climbs —
now calls you faithful, now treacherous;
now makes peace with you, now rages;
now surrenders to you like prey, now pulls back;
now fears in good moments, now hopes in bad;
now rises to the sky, now falls into Hell;
now is far from the shore, now reaches the port;
now trembles in midsummer, now sweats in winter.
I, miserably, in my greatest comfort,
am attacked by an inner suspicion
that keeps my heart between living and dying. |
|
| Depuis qu'Amour cruel empoisonna
Depuis qu'Amour cruel empoisonna
Premièrement de son feu ma poitrine,
Toujours brûlai de sa fureur divine,
Qui un seul jour mon coeur n'abandonna.
Quelque travail, dont assez me donna,
Quelque menace et prochaine ruine,
Quelque penser de mort qui tout termine,
De rien mon coeur ardent ne s'étonna.
Tant plus qu'Amour nous vient fort assaillir,
Plus il nous fait nos forces recueillir,
Et toujours frais en ses combats fait être ;
Mais ce n'est pas qu'en rien nous favorise,
Cil qui les Dieux et les hommes méprise,
Mais pour plus fort contre les forts paraître.
On voit mourir toute chose animée
On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l'âme subtile part.
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien-aimée ?
Ne me laissez par si long temps pâmée,
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends-lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L'accompagnant, non de sévérité,
Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable. |
|
| Marie STUART, Reine d'Ecosse
1542-1587 |
|
| Sonnet
Que suis-je, hélas ! et de quoi sert ma vie ?
Je ne suis fors qu'un corps privé de coeur,
Une ombre vaine, un objet de malheur,
Qui n'a plus rien que de mourir envie.
Plus ne portez, ô ennemis, d'envie
A qui n'a plus l'esprit à la grandeur,
Ja consommé d'excessive douleur.
Votre ire en bref se verra assouvie.
Et vous, amis, qui m'avez tenue chère,
Souvenez-vous que sans heur, sans santé,
Je ne saurais aucun bon oeuvre faire.
Souhaitez donc fin de calamité
Et que ci-bas, étant assez punie,
J'aye ma part en la joie infinie. |
|
| Madeleine de l' AUBESPINE
1546-1596 |
|
| L'on verra s'arrêter le mobile du monde
L'on verra s'arrêter le mobile du monde
L'on verra s'arrêter le mobile du monde,
Les étoiles marcher parmi le firmament,
Saturne infortuné luire bénignement,
Jupiter commander dedans le creux de l'onde.
L'on verra Mars paisible et la clarté féconde
Du Soleil s'obscurcir sans force et mouvement,
Vénus sans amitié, Stilbon sans changement,
Et la Lune en carré changer sa forme ronde,
Le feu sera pesant et légère la terre,
L'eau sera chaude et sèche et dans l'air qui l'enserre,
On verra les poissons voler et se nourrir,
Plutôt que mon amour, à vous seul destinée,
Se tourne en autre part, car pour vous je fus née,
Je ne vis que pour vous, pour vous je veux mourir. |
|
| Marie-Catherine-Hortense
de VILLEDIEU
1632-1683 |
|
| Jouissance
Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.
Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.
O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !
Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie. |
|
| Olympe de GOUGES
1748-1793 |
|
| Per Amico lontano
Chiudo le luci al sonno, e indarno spero
trovar quiete all’agitata mente
che mentre io dormo avvien ch’anzi più fiero
stuolo d’affanni contro me si avvente.
Parmi lunge veder sotto straniero
cielo, e su fragil prora errar dolente
il mio diletto amico, e l’aere nero
che il minaccia ravviso, e il mar fremente.
Odo i gemiti suoi, già di sua vita
vicin veggo il perielio, e grido o dei
deh gli porgete, o Dio pietosi aita!
Mi sveglio allor tremante, e la funesta
imago non mi lascia, e gli occhi miei
d’amaro pianto innondo e pur son desta. |
|
| Eleonora de FONSECA PIMENTEL
1752-1799 |
|
| Mary WOLLSTONECRAFT
1759-1797 |
|
| Chatterton
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme,
Que Chatterton eut tort de mourir ignoré,
Qu'au Théâtre-Français on l'a défiguré,
Quand vous aurez crié sept fois à l'athéisme,
Sept fois au contresens et sept fois au sophisme,
Vous n'aurez pas prouvé que je n'ai pas pleuré.
Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme,
Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?
Je vous dirai : " Sachez que les larmes humaines
Ressemblent en grandeur aux flots de l'Océan ;
On n'en fait rien de bon en les analysant ;
Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n'en aurez demain
Qu'un méchant grain de sel dans le creux de la main. |
|
| Louise-Angélique BERTIN
1805-1863 |
|
| La Mort et la Vie
Si la mort est le but, pourquoi donc sur les routes
Est-il dans les buissons de si charmantes fleurs ?
Et lorsqu'au vent d'automne elles s'envolent toutes,
Pourquoi les voir partir d'un oeil momifié de pleurs ?
Si la vie est le but, pourquoi donc sur les routes
Tant de pierres dans l'herbe et d'épines aux fleurs,
Que, pendant le voyage, hélas ! nous devons toutes
Tacher de notre sang et mouiller de nos pleurs ? |
|
| Sophie d'ARBOUVILLE
1810-1850 |
|
| Bertile
Voici que ma maison est vivante et folâtre,
Et que Dieu l'aperçoit ;
L'oiseau du paradis, le bonheur, vient s'abattre
Et chanter sur mon toit.
Hier, dans mon jardin, une fleur est éclose
Sur le plus frais rosier ;
Hier un bel enfant, autre céleste rose,
Est né dans mon foyer.
Bonjour, petit enfant, petit roseau qui penches,
Bonjour, mon diamant ;
Dis, ma Bertile, dis, colombe aux plumes blanches,
Qui viens du firmament,
Quels dons as-tu reçus de Jésus, de sa mère,
De l'ange Gabriel,
Qui t'ouvrirent en pleurs, pour t'envoyer sur terre,
Les portes d'or du ciel ?
Gabriel t'a donné ce qui fait son essence,
L'angélique douceur ;
Puis, sans doute, il a mis sa robe d'innocence
À sa petite soeur,
Sa couronne de lis, belle entre les plus belles.
Oui, pour lui ressembler,
Prends sa robe de lin ; mais ne prends pas ses ailes,
Tu pourrais t'envoler !
Jésus t'a dit : « À toi la piété, mon ange,
Oh ! sur terre, aime-moi !
Car je fus un enfant tout chétif dans son lange,
Fragile comme toi.
Aussi, toujours je veille et couvre de mon aile
Tous les pauvres petits,
Et tous les nouveau-nés ont dans leur berceau frêle
Les clefs du paradis.
« Oh ! tu n'auras pas, toi, ma crèche et mon empire !
Nul mage ne viendra
T'apporter d'Orient l'or, l'encens et la myrrhe ;
On ne te donnera
Que des baisers ; mais, va, l'or et la perle fine,
Qui pourraient te peser,
Au front d'un nouveau-né ne vont pas, ma divine,
Aussi bien qu'un baiser. »
Et la Vierge t'a dit : « Sois pure, sois limpide,
Du front jusques au coeur.
Mais vois-tu, mon enfant, savoir qu'on est candide,
C'est perdre sa candeur ;
Aussi tu seras pure, ô ma douce colombe,
Sans t'en apercevoir :
Le lis de la vallée et la neige qui tombe
Sont blancs sans le savoir. »
Si j'avais été là, dans le ciel de lumière
D'où l'enfant descendit,
Moi, j'aurais fait un voeu profane, un voeu de mère ;
Tout haut, j'aurais bien dit :
Vierge, vous êtes sainte, oh ! mettez-lui dans l'âme
Candeur et pureté !
Mais j'aurais dit tout bas : Vierge, vous êtes femme,
Donnez-lui la beauté !
Merci, vous m'exaucez, ma fille est déjà belle !
Je l'admire et j'attends.
Tout germe, tout sourit, et tout est frais en elle
Et couleur du printemps.
Bouche en fleur, peau de soie, à la teinte vermeille,
Longs yeux noirs et jolis,
Tout est dans ce berceau : n'est-ce pas la corbeille
Où fleurit mon beau lis ! |
|
| Emily DICKINSON
1830-1886 |
|
| 1568
Chi vede lei vede un quadro.
Chi l'ode, ode una musica.
Conoscerla è un'ebbrezza
Innocente come giugno.
Non conoscerla, afflizione.
Averla per amica
Un calore come se il sole
Ti risplendesse in mano. |
|
|
 |
| Je voudrais aller me promener dans les bois
Je voudrais aller me promener dans les bois ;
j'aurais un grand chapeau, une robe légère,
je me griserais d'air et de bonne lumière,
et tu me rapprendrais à marcher à ton bras.
Je voudrais aller dans un grand bois, un vieux bois,
où l'on dit que les fées se promènent encore ;
peut-être en attendant du soir jusqu'à l'aurore,
qu'une d'elles nous laisserait ouïr sa voix.
Moi je n'ai pas vu d'arbres depuis si longtemps,
ni de fleurs dans les jardins ! Celles que tu portes,
et que tu poses sur mon lit, à moitié mortes,
achèvent de mourir dans les appartements.
Ce ne sont pas de vraies fleurs libres sous le ciel ;
elles ont des robes rouges trop tuyautées,
puis, sur les draps, on dirait des taches figées,
taches de sang qui font plus pâles mes mains frêles.
J'aime mes mains à présent, elles sont si blanches !
je vois les petites veines bleues sous la peau,
je n'ai gardé à ma main gauche que l'anneau,
l'anneau d'or que tu m'as donné avec ton âme.
Mes pauvres mains ont l'air si lasses sur les draps !
Ah ! je voudrais sortir, marcher, je me sens forte,
je voudrais fuir bien loin, et refermer la porte
sur cette chambre monotone de malade. |
|
| Anne de NOAILLES
1876-1933 |
|
| Sibilla ALERAMO
1876-1960 |
|
| Isabelle EBERHARDT
1877-1904 |
|
| А, ты думал - я тоже такая,
Что можно забыть меня,
И что брошусь, моля и рыдая,
Под копыта гнедого коня.
Или стану просить у знахарок
В наговорной воде корешок
И пришлю тебе страшный подарок -
Мой заветный душистый платок.
Будь же проклят. Ни стоном, ни взглядом
Окаянной души не коснусь,
Но клянусь тебе ангельским садом,
Чудотворной иконой клянусь
И ночей наших пламенных чадом -
Я к тебе никогда не вернусь.
Ah, tu pensavi che anch’io fossi una
Che si possa dimenticare
E che si getti, pregando e piangendo,
Sotto gli zoccoli di un baio.
O vada a chiedere alle fattucchiere
Radici nell’acqua incantata,
E ti mandi il dono terribile
Di un fazzoletto profumato e fatale.
Sii maledetto. Non sfiorerò con gemiti
O sguardi l’anima dannata,
Ma ti giuro sul Paradiso,
Sull’icona miracolosa
E sull’ebbrezza delle nostre notti ardenti:
Mai più tornerò da te. |
|
| Marina Ivanovna CVETAEVA
1892-1941 |
|
|
 |
| Я знаю правду! Все прежние правды—прочь!
Не надо людям с людьми на земле бороться.
Смотрите: вечер, смотрите: уж скоро ночь.
О чем — поэты, любовники, полководцы?
Уж ветер стелется, уже земля в росе,
Уж скоро звездная в небе застынет вьюга,
И под землею скоро уснем мы все,
Кто на земле не давали уснуть друг другу.
3 октября 1915
Io so la verità! Tutte le scorse verità – via!
Non bisogna azzuffarsi, a questo mondo.
Guardate: è sera, ed ecco: già fa notte.
Azzuffarsi — per che — poeti, amanti, condottieri?
Già posa il vento, e scende la rugiada,
Già il turbinio di stelle fredda in cielo, e presto
Sotto la terra dormiremo tutti,
Noi sulla terra insonnia l’uno all’altro.
3 ottobre 1915
Быть в аду нам, сестры пылкие,
Пить нам адскую смолу, —
Нам, что каждою-то жилкою
Пели Господу хвалу!
Нам, над люлькой да над прялкою
Не клонившимся в ночи,
Уносимым лодкой валкою
Под полою епанчи.
В тонкие шелка китайские
Разнаряженным с утра,
Заводившим песни райские
У разбойного костра.
Нерадивым рукодельницам
— Шей не шей, а всё по швам! —
Плясовницам и свирельницам,
Всему миру — госпожам!
То едва прикрытым рубищем,
То в созвездиях коса.
По острогам да по гульбищам
Прогулявшим небеса.
Прогулявшим в ночи звездные
В райском яблочном саду...
— Быть нам, девицы любезные,
Сестры милые — в аду!
Ноябрь 1915
A noi, fervide sorelle,
Toccherà andare all’inferno,
Bere l’infernale pece,
Noi, che in ogni nostra vena
Al Signore lodi alzammo!
Noi su culla e filatoio
Mai ricurve nella notte,
Noi condotte sulla barca
Con indosso l’ampio burka.
Noi, fasciate in fini sete
Della Cina fin dall’alba,
Che cantammo inni celesti
Presso il rogo dei briganti.
Casalinghe neghittose
— Cuci e scuci, e tutto a sfascio! —
Danzatrici e flautiste,
Tutto il mondo ─ ai nostri piedi!
Ora in dosso pochi stracci,
Ora appese fra le stelle.
Per fortezze e per taverne
Marinando i sette cieli.
A passeggio nelle notti
Nel giardino che fu d’Eva...
- A noi, tenere ragazze,
Sorelline mie cortesi,
Toccherà andare all’inferno!
Novembre 1915
Ночные шепота: шелка
Разбрасывающая рука.
Ночные шепота: шелка
Разглаживающие уста.
Счета
Всех ревностей дневных -
и вспых
Всех древностей - и стиснув челюсти
И стих
Спор -
В шелесте...
И лист
В стекло...
И первой птицы свист.
- Сколь чист! - И вздох.
Не тот. - Ушло.
Ушла.
И вздрог
Плеча.
Ничто
Тщета.
Конец.
Как нет.
И в эту суету сует
Сей меч: рассвет.
17 июня 1922
Fruscìi nella notte: una mano
Che scompiglia le sete.
Fruscìi nella notte: sete
Che accarezzano labbra.
Somma
Di tutte le gelosie del giorno –
e vampa
Di tutti i passati – e a denti stretti
Anche il dissidio
S’acquieta –
Nel fruscìo...
E la foglia
Nel vetro...
E il fischio del primo uccello.
– Com’è puro! – E il respiro.
Non è più quello. – Finito.
Volato via.
E un trasalire
Della spalla.
Nulla
Vanità.
Fine.
Zero.
E in questa vanità delle vanità
Questa spada: l’aurora.
17 giugno 1922
Ищи себе доверчивых подруг,
Не выправивших чуда на число.
Я знаю, что Венера - дело рук,
Ремесленник - и знаю ремесло.
От высокоторжественных немот
До полного попрания души:
Всю лестницу божественную - от:
Дыхание мое - до: не дыши!
18 июня 1922
Cércati amiche che ci credono,
Che in cifre non traducono i miracoli.
Io so che Venere è question di mani,
Mestierante - conosco il mio mestiere.
Dal silenzio più alto e più solenne
Fino al totale calpestìo dell’anima:
Tutta la scala del divino – da:
Mio respiro – a: non respirare!
18 giugno 1922
Дабы ты меня не видел -
В жизнь - пронзительной, незримой
Изгородью окружусь.
Жимолостью опояшусь,
Изморозью опушусь.
Дабы ты меня не слушал
В ночь - в премудрости старушьей:
Скрытничестве - укреплюсь.
Шорохами опояшусь,
Шелестами опушусь.
Дабы ты во мне не слишком
Цвел - по зарослям: по книжкам
Заживо запропащу:
Вымыслами опояшу,
Мнимостями опушу.
25 июня 1922
Perché tu non mi veda –
In vita – io d’invisibile,
Spinosa siepe mi circondo.
Di caprifoglio mi cingo,
In calaverna scendo.
Perché tu non mi senta
Di notte – io mi fortifico
Nella scienza dei vecchi:
Nella riservatezza.
Di fruscii mi cingo,
Di brusii mi copro.
Perché tu non fiorisca
Troppo – in me – per boscaglie: per libri
Viva mi caccio, dove càpita:
Fantasie cingo,
Finzioni vesto.
25 giugno 1922
Некоторым - не закон.
В час, когда условный сон
Праведен, почти что свят,
Некоторые не спят:
Всматриваются - и в скры-
тнейшем лепестке: не ты!
Некоторым - не устав:
В час, когда на всех устах
Засуха последних смут -
Некоторые не пьют:
Впытываются - и сти-
снутым кулаком - в пески!
Некоторым, без кривизн -
Дорого дается жизнь.
25 июня 1922
Per certi non c’è legge.
Nell’ora in cui l’abituale sonno
E’ giusto, per non dire santo,
Certi non dormono:
Scrutano attentamente – anche nel petalo
Più nascosto: non tu!
Per certi non c’è regola:
Nell’ora in cui le labbra sono riarse
Dal fuoco di recenti dissapori –
Certi non bevono:
Si mettono alla prova – e a pugni stretti
- giù nella sabbia!
A certa gente, a chi è tutto d’un pezzo –
La vita si concede a caro prezzo.
25 giugno 1922
В пустынной храмине
Троилась - ладаном.
Зерном и пламенем
На темя падала...
В ночные клёкоты
Вступала - ровнею.
- Я буду крохотной
Твоей жаровнею:
Домашней утварью:
Тоску раскуривать,
Ночную скуку гнать,
Земные руки греть!
С груди безжалостной
Богов - пусть сброшена!
Любовь досталась мне
Любая: большая!
С такими путами!
С такими льготами!
Пол-жизни? - Всю тебе!
По-локоть? - Вот она!
За то, что требуешь,
За то, что мучаешь,
За то, что бедные
Земные руки есть...
Тщета! - Не выверишь
По амфибрахиям!
В груди пошире лишь
Глаза распахивай,
Гляди: не Логосом
Пришла, не Вечностью:
Пустоголовостью
Твоей щебечущей
К груди...
- Не властвовать!
Без слов и на слово -
Любить... Распластаннейшей
В мире - ласточкой!
Берлин, 26 июня 1922
Nel tempio deserto
Mi facevo in tre – con l’incenso.
In grano e fiamma
Cadevo nel buio...
In stridi notturni
Entravo – alla pari.
– Sarò la minuscola
Tua allodola:
Tua suppellettile:
A accendere angoscia,
Scacciare la notturna noia,
Scaldare le mani terrene!
Dal petto impietoso
Degli dei – scaricata!
M’è toccato un amore
Qualsiasi: grande!
Così impastoiato!
Così agevolato!
Metà vita vuoi? Tutta a te!
Fino al gomito? Eccola!
Questo perché pretendi,
Questo perché torturi,
Questo perché povere
Mani terrene esistono...
Vanità! – Non giudicarlo
Dagli anfibrachi!
Appena un po’ di più
Spalanca gli occhi in petto,
E guarda: io non venni
Da Verbo, o Eternità:
Ma col mio vuoto in testa
Cinguettante
Al tuo petto...
– Non per regnare!
Senza parole e sulla parola –
Per amare... Come, al mondo,
La più appiattita rondinella!
Berlino, 26 giugno 1922
Ночного гостя не застанешь...
Спи и проспи навек
В испытаннейшем из пристанищ
Сей невозможный свет.
Но если - не сочти, что дразнит
Слух! - любящая - чуть
Отклонится, но если навзрыд
Ночь и кифарой - грудь...
То мой любовник лавролобый
Поворотил коней
С ристалища. То ревность Бога
К любимице своей.
2 июля 1922
Non troverai in casa l’ospite notturno...
Addorméntati e dormi per sempre
Nel più sicuro dei rifugi:
Questo mondo impossibile.
Ma se – non credere a uno scherzo dell’udito! –
Chi ti sta amando – si scosta appena,
Se a singhiozzi è la notte
E il petto – cetra...
Allora è il mio laurocrinito amante
Che ha voltato i cavalli dall’agone.
Allora è la gelosia del Dio
Per la sua beniamina.
2 luglio 1922
Неподражаемо лжет жизнь:
Сверх ожидания, сверх лжи...
Но по дрожанию всех жил
Можешь узнать: жизнь!
Словно во ржи лежишь: звон, синь...
(Что ж, что во лжи лежишь!) - жар, вал.
Бормот - сквозь жимолость - ста жил...
Радуйся же! - Звал!
И не кори меня, друг, столь
Заворожимы у нас, тел,
Души - что вот уже: лбом в сон.
Ибо - зачем пел?
В белую книгу твоих тишизн,
В дикую глину твоих "да" -
Тихо склоняю облом лба:
Ибо ладонь - жизнь.
8 июля 1922
La vita mente in modo impareggiabile:
Oltre ogni aspettativa, ogni menzogna...
Ma tu puoi riconoscerla dal tremito
D’ogni tua vena, quando è lei: la vita!
Ci stai come nel grano: è un suono, azzurro...
(Anche nella menzogna – sì! – è un’onda, un fuoco.
Fra il caprifoglio – un borbottìo – di vene...
Gioisci! – Non senti che ha chiamato!
E non mi rimbrottare, amico mio,
Se in noi, corpi, incantate sono le anime
Tanto che, vedi? in sogno è già la fronte.
Se non fosse così – perché hai cantato?
Sul libro bianco dei silenzi tuoi,
Sull’argilla selvaggia dei tuoi “sì” –
Calma inchino l’aggetto della fronte:
Perché la palma della mano è vita.
8 luglio 1922
Вкрадчивостию волос:
В гладь и в лоск
Оторопию продольной -
Синь полунощную, масть
Воронову. - Вгладь и всласть
Оторопи вдоль - ладонью.
Неженка! - Не обманись!
Так заглаживают мысль
Злостную: разрыв - разлуку -
Лестницы последний скрип...
Так заглаживают шип
Розовый... - Поранишь руку!
Ведомо мне в жизни рук
Многое. - Из светлых дуг
Присталью неотторжимой
Весь противушерстный твой
Строй выслеживаю: смоль,
Стонущую под нажимом.
Жалко мне твоей упор-
ствующей ладони: в лоск
Волосы, - вот-вот уж через
Край - глаза... Загнана внутрь
Мысль навязчивая: утр
Наваждение - под череп!
17 июля 1922
Con modo insinuante dei capelli:
In liscio, in splendido
In longitudinale stordimento –
Nel blu notturno, nel corvino manto. –
Stupori in lucentezza e a volontà –
Col palmo della mano – per il lungo.
Dolcezza! Non t’illudere!
S’accarezza così un brutto pensiero:
Una partenza – una separazione –
L’ultimo scricchiolìo dello scalino...
Così si lisciano le spine
Della rosa... – Ti pungerai la mano!
Molto m’è noto nella vita
Delle mani. – Dagli archi luminosi
Con fissità di sale
Di tutta la tua ispida struttura
Vo seguendo le tracce:
Pece che geme sotto la pressione.
Mi fa pena l’ostinato tuo
Palmo: in lucentezza
I capelli, - ed ecco già oltre il bordo
Gli occhi... Confitto dentro
Un pensiero molesto: l’ossessione
Dei mattini – sotto il cranio!
17 luglio 1922 |
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| Florbela ESPANCA
1894-1930 |
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| EN TU JARDÍN SECRETO
En tu jardín secreto hay mercenarias
dulzuras, ávidas proclamaciones,
crueldades con sutiles corazones,
hay ladrones, sirenas legendarias.
Hay bondades en tu aire, solitarias
multiplican arcanas perfecciones.
Se ahondan en angostos callejones,
tus árboles con ramas arbitrarias.
Alguna vez oí el chirrido frío
de un portón que al cerrarse me dejaba
prisionera, perdida, siempre esclava
de tu felicidad que junto a un río
bajaba entre las frondas a un abismo
de intermitente luz, con tu exorcismo.
SONETO DEL AMOR DESESPERADO
Mátame, espléndido y sombrío amor,
si ves perderse en mi alma la esperanza;
si el grito de dolor en mí se cansa
como muere en mis manos esta flor.
En el abismo de mi corazón
hallaste espacio digno de tu anhelo,
en vano me alejaste de tu cielo
dejando en llamas mi desolación.
Contempla la miseria, la riqueza
de quien conoce toda tu alegría.
Contempla mi narcótica tristeza.
¡Oh tú, que me entregaste la armonía!
Desesperando creo en tu promesa.
Amor, contémplame, en tus brazos, presa.
QUÉ ÁNGEL TE LIBRARÁ DE LA TRISTEZA...
Qué ángel te librará de la tristeza
y te despertará un precioso día
sin memoria de lo que te afligía
y te dirá al oído: "Escucha y cesa
tus llantos. En mis brazos no te pesa
la lentitud del tiempo ni la impía
delación de los hombres. Eres mía,
ya no eres de este vano mundo presa.
Asómate a esta fúlgida ventana
por tu dicha adornada. Ya el dolor
se marchitó como una larga flor
cuya sabiduría al fin te sana
al disolverse porque se convierte
en polvo, en ilusión, en otra suerte".
PRESENTIMIENTO
Durante muchos días me seguiste.
En el canto del pájaro, en las sombras,
en las modulaciones del espacio:
aprendí a conocerte.
Yo sentía tu luz atravesarme
como una flecha de oro envenenada.
Te desobedecía arrepentida.
Me hablabas en secreto.
En los espejos rotos, en la tinta
azul de los cuadernos que dejabas
sobre la mesa de mi dormitorio.
Yo temblaba al mirarte, yo temblaba
como tiemblan las ramas reflejadas
en el agua movida por el viento.
Ahora que conozco tus señales,
tu piel y tus orejas, tu semblante,
no trataré de desobedecerte,
y me arrodillaré frente a tu imagen,
implacable sibila que me sigues.
NOS IREMOS, ME IRÉ CON LOS QUE AMAN...
Nos iremos, me iré con los que aman,
dejaré mis jardines y mi perro
aunque parezcas dura como el hierro
cuando los vientos vagabundos braman.
Nos iremos, tu voz, tu amor me llaman:
dejaré el son plateado del cencerro
aunque llegue a las luces del desierto
por ti, porque tus frases me reclaman.
Buscaré el mar por ti, por tus hechizos,
me echaré bajo el ala de la vela,
después que el barro zarpe cuando vuela
la sombra del adiós. Como en los fríos
lloraré la cabeza entre tu mano
lo que me diste y me negaste en vano. |
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